Agents API : OpenAI héberge vos agents, la sandbox fait le prix
Trois soirées sur la bêta publique qui expose le harnais de Codex — et une facture qui ne se joue pas où OpenAI met le projecteur.
OpenAI a ouvert le 10 septembre son Agents API en bêta publique : la couche d'orchestration qui fait tourner Codex et ChatGPT Work, désormais accessible à n'importe quel développeur muni d'une clé API. J'y ai passé trois soirées pour migrer un agent qui tourne chez moi depuis des mois. Verdict express : l'infrastructure tient ses promesses, mais le vrai poste de coût n'est pas celui qu'OpenAI met en avant. Détail de ce qui marche, de ce qui a cassé, et de ce que ça coûte.
L'Agents API, c'est le harnais de Codex vendu à la découpe
Jusqu'ici, faire tourner un agent longue durée sur les modèles OpenAI supposait de tout bricoler soi-même : boucle d'orchestration, gestion du contexte, reprise sur erreur, environnement d'exécution isolé. L'annonce officielle assume le raccourci : l'Agents API expose « la même classe de harnais et d'infrastructure développée pour Codex et ChatGPT for Work », opérée par OpenAI derrière une API managée.
Au menu : sessions longue durée avec compaction automatique du contexte (quand l'agent approche de la limite, OpenAI résume et poursuit, sans code de votre part), délégation à des sous-agents dotés de contextes indépendants, outils intégrés — recherche web, exécution de code, serveurs MCP, fonctions custom — et reprise des runs interrompus. Côté modèles : GPT-6 Astra en vaisseau amiral, GPT-5.6 Terra ou Luna pour les budgets serrés.
Le pitch tarifaire tient en une ligne : zéro frais de plateforme, vous ne payez que les tokens, les outils et la sandbox. Retenez ce dernier mot.
Mon agent migré en une soirée : la claque, puis la douche
Vendredi soir, j'ai pris mon agent de veille concurrentielle — celui qui scrape, résume et poste dans Slack, décrit dans mon pipeline de veille à 87 €/mois — et je l'ai porté sur l'Agents API. La création de session est d'une simplicité désarmante :
POST /v1/agents/sessions
{
"model": "gpt-5.6-terra",
"tools": [{"type": "mcp", "server_url": "https://mon-serveur/mcp"}],
"sandbox": {"provider": "openai"},
"instructions": "Veille quotidienne : sources, synthèse, post Slack"
}Première claque, la bonne : la compaction de contexte. Mon agent avale une trentaine de pages par run et je gérais jusqu'ici les résumés intermédiaires à la main, avec un compteur de tokens et des sueurs froides. Là, la session frôle la limite, OpenAI compacte, l'agent continue. Rien à coder, rien à surveiller. C'est le genre de plomberie qu'on est content de ne plus posséder.
Le coup des sous-agents non idempotents
Deuxième claque, la mauvaise. Samedi matin, un sous-agent chargé de creuser une page produit est parti en boucle : même URL re-scrapée, encore et encore, pendant que la session principale attendait sagement. 45 minutes avant que je la tue à la main. La doc promet que les runs échoués « reprennent sans dupliquer les actions externes » — à condition que vos outils soient idempotents. Les miens ne l'étaient pas : trois messages Slack identiques ont atterri dans le canal de l'équipe dimanche à 7 h 12. Le guide d'AI Reiter le formule bien : chaque sous-agent multiplie « les chemins d'échec et de facturation ». J'ajoute : et les occasions de spammer vos collègues.
Combien coûte l'Agents API d'OpenAI : la sandbox fait la facture
L'API elle-même est gratuite. La sandbox hébergée par OpenAI, elle, est facturée aux tarifs containers existants :
| Mémoire | Par 20 min | Par heure |
|---|---|---|
| 1 Go | 0,03 $ | 0,09 $ |
| 4 Go | 0,12 $ | 0,36 $ |
| 16 Go | 0,48 $ | 1,44 $ |
| 64 Go | 1,92 $ | 5,76 $ |
Des montants qui paraissent anecdotiques — jusqu'à ce qu'on les rapporte au coût des modèles. L'analyse de TokenCost fait le calcul sur un run type de 50 000 tokens d'entrée et 15 000 en sortie : 1,25 $ de tokens avec GPT-6 Astra, mais 0,028 $ avec GPT-5.6 Luna. Sur une heure de sandbox à 1 Go, l'infrastructure représente alors 76 % du coût total avec Luna. Autrement dit : plus votre modèle est économe, plus la sandbox domine la facture. C'est exactement le mécanisme que nous décrivions dans notre enquête sur les agents qui coûtent 10× le prix affiché — le token n'est jamais le poste final.
Mon sous-agent fou du samedi matin ? Si ma session tournait sur le palier 16 Go, ces 45 minutes de boucle m'ont coûté 1,08 $ de sandbox pour un travail strictement nul. « Si » — parce que je n'en sais rien, et c'est le vrai problème.
Agents API vs Anthropic Managed Agents vs Gemini : qui facture juste ?
La comparaison qui fâche. Chez Anthropic, les Managed Agents lancés fin avril affichent un tarif limpide : 0,08 $ par heure de session, comptée « uniquement quand le statut de la session est running ». L'idle est exclu par définition. Chez OpenAI, ni le palier mémoire, ni le sort des minutes d'inactivité, ni la période de rétention avant suppression (jusqu'à une heure) ne sont documentés. Google, de son côté, joue une troisième partition avec ses Managed Agents en tâche de fond, gratuits dans leur tier d'entrée, mais bridés en durée.
Sur le papier technique, OpenAI reprend l'avantage : la compaction automatique et les sous-agents à contexte indépendant sont plus aboutis que chez les deux concurrents, et l'écosystème de sandboxes est le plus ouvert du marché — neuf partenaires au lancement (Vercel, DigitalOcean, E2B, Modal, Cloudflare, Daytona, Blaxel, Oracle Cloud, Runloop), plus le self-hosted. Sur la lisibilité de la facture, Anthropic gagne sans débat.
Bêta publique : trois zones d'ombre avant d'y mettre vos données clients
Au-delà du prix, trois points m'empêchent de recommander un passage en production cette semaine. Un : les conditions de la bêta autorisent explicitement OpenAI à changer interface, comportement et tarifs des outils supportés — votre code d'aujourd'hui peut casser demain. Deux : la notion de session « éligible » à tel ou tel mode de facturation n'est définie nulle part. Trois : des développeurs ont soulevé sur le forum officiel la question de la résidence des données — les sessions sont stockées aux États-Unis, ce qui coince avec les politiques zéro-rétention de certains contrats. Pour une PME française qui traite des données réglementées, c'est rédhibitoire en l'état ; vérifiez vos avenants avant le moindre pilote.
Verdict : qui doit s'y mettre, qui doit attendre
Si vous développez déjà des agents et que vous maintenez votre propre boucle d'orchestration : testez cette semaine. La compaction de contexte et la reprise de session valent à elles seules la migration d'un pilote — j'estime avoir supprimé 400 lignes de plomberie sur mon agent de veille, et je ne les regretterai pas. Prévoyez simplement des outils idempotents, un plafond de coût par tâche et un plafond de durée par session, sans quoi la bêta vous le fera payer, littéralement.
Si vous êtes une PME sans équipe technique, passez votre tour pour l'instant : c'est une brique d'infrastructure pour développeurs, pas une plateforme d'automatisation clé en main. Les agents intégrés de ou vos workflows existants couvrent le besoin sans vous exposer aux flous d'une bêta. Revenez quand OpenAI aura publié deux choses simples : le palier mémoire facturé, et le traitement de l'idle. Le jour où ces deux lignes apparaîtront dans la doc, l'Agents API deviendra difficile à ignorer — y compris pour Anthropic.